Sauvetage des batraciens : BILAN 2020

Voilà maintenant quelques semaines que la migration prénuptiale de nos amis batraciens a pris fin ! Les crapauds et leur suite de grenouilles, tritons et salamandres ont tenté leur chance sur les routes avec pour seule idée en tête : rejoindre la mare/le ruisseau qui les a vu naître pour s’y reproduire à leur tour…
❤️🐸

Le voyage se sera malheureusement terminé prématurément pour bon nombre d’entre eux, tandis que les chanceux auront pu parvenir à leurs fins. Il faut dire que ces derniers ont sans doute été proportionnellement plus nombreux que l’année dernière car, sur au moins une quinzaine de sites de la région, une petite armée de 13 bénévoles motivés sont venus aider nos amis à traverser !
🚗

Léa, 6 ans, Princesse protectrice des crapauds du Ry de Rome !

Et oui, vous êtes sans doute au courant, mais cette année, pour la première fois depuis quelques temps, votre Parc naturel a tenté de stimuler et de coordonner les opérations de sauvetage des batraciens à l’échelle de ses 3 communes constitutives et de la commune voisine de Doische (la biodiversité et ses composantes ne s’arrêtent pas aux frontières!). Objectifs ? Tout premièrement, faire parler de ces actions, informer les citoyens, leur donner envie d’agir ! Ensuite ? Structurer une petite équipe de bénévoles que nous espérons vouée à grandir d’année en année et enfin, but ultime, réduire les mortalités sur la route, récolter des données de population et envisager des solutions à plus long terme !
💪

L’heure est maintenant venue de vous faire part du bilan de cette première année d’action. Vont donc vous être exposés dans le tableau qui suit une série de résultats globaux par commune. Viendront ensuite quelques petits graphiques pour chacune des 4 communes concernées qui vous permettront éventuellement d’avoir un regard plus fin sur les chiffres qui vous sont exposés ! En route…
📈📊

Tableau de synthèse à l’échelle des communes :

Tableau BILAN des opérations batraciens 2020 menées à l’échelle du PnVH et de la commune de Doische. Cliquez sur l’image pour agrandir !

A retenir dans ce tableau :

  • Les 13 bénévoles actifs ont réalisé 57 visites de sites sur la période de migration ! 👍👍👍👍
  • Les 13 bénévoles actifs ont permis le sauvetage de 1369 animaux comptés en mains sur les 10 sites où des actions ont eu lieu ! Bravo à eux !👏👏👏
  • En parallèle 257 morts ont été dénombrées. Comme les graphiques qui suivent le démontreront, les résultats sont très variables d’un site à l’autre. Les mesures à y envisager sur le long terme différeront donc. ☠️
  • Il est aisé de remarquer que les crapauds communs représentent la toute grande majorité des individus observés en migration. En revanche, l’absence quasi totale de salamandres est alarmante (seuls 2 individus recensés : 1 mort et un hors sites d’action).🐸

Graphiques : mortalités et composition des populations par site d’action.

Dans l’optique d’envisager des mesures sur le long terme, intéressons-nous tout d’abord à l’indicateur le plus parlant afin d’identifier les sites dangereux pour les traversées : le taux de mortalité ! ☠️
Le taux de mortalité tel qu’il est entendu ici représente le ratio du nombre d’individus morts sur l’effectif de la population (morts et vifs dénombrés) exprimé en pour-cents… Pardon ?!
Pas d’inquiétude, c’est bien moins compliqué que cela en à l’air ! 🙂
Très simplement, un taux de mortalité de 20% signifie que pour 10 individus qui se sont risqués à traverser, 2 d’entre eux ont perdu la vie. Pour obtenir ces chiffres, cela signifierait qu’au cours de leurs sorties, nos bénévoles ont pu aider 80 animaux à traverser alors qu’ils ont dénombré 20 morts écrasés/percutés sur la route :
20 morts / (20 morts + 80 vifs) = 0.2 = 20% de mortalité.
Autre exemple : un taux de mortalité de 50% (énorme !) signifierait que la moitié des individus qui tentent de traverser perdent la vie. Ainsi de suite…
Compris ?! Alors prêts à s’attaquer aux graphiques …💪🧐

Afin de vous faciliter la tâche, nous allons interpréter ensemble les données « bilan » de la commune de Philippeville :

  • Le premier graphique (haut-gauche) représente le taux de mortalité total (toutes espèces confondues) sur les sites d’actions (en rouge), en parallèle du % d’individus qui ont été sauvés (en vert). Par exemple, pour le site Bowe-Fraity situé à Roly, le travail de nos bénévoles nous permet d’estimer le taux de mortalité à près de 30%. Par-là, près d’un individu sur 3 qui tentent de traverser finit malheureusement écrasé ou, le plus souvent, aspiré sous les véhicules et percuté par les bas de caisse… Le site des étangs de Roly est en effet meurtrier et pour cause principale, la vitesse de circulation très importante des automobilistes 🚗💨.
  • Le second graphique (haut-droite) comptabilise le taux de mortalité en % et ce, par site et par espèce. Nous pouvons voir que le tiers des crapauds et des grenouilles rousses qui y tentent leur traversée terminent plus rapidement que prévu leur périple… « Et les tritons alors ?! Aucune chance de traverser ?!  » Arriver à ce genre de conclusion serait totalement erroné et pour éviter ce genre de raccourci, vous remarquerez que le temps passé sur site ainsi que les espèces pour lesquelles les effectifs comptabilisés sont très faibles (effectifs inférieurs à 10) vous sont renseignés ! En effet, le seul triton qui fut repéré par nos bénévoles sur le site était malheureusement mort… Cela ne veut pas dire pour autant que l’ensemble des tritons qui traversent meurent… ⚠️
  • Enfin, les petits « camemberts » du bas représentent pour chacun des sites, la place occupée (%) par chacune des espèces au sein des populations de batraciens observées en migration. Pour exemple, à Roly, 95% des individus rencontrés, morts ou vifs, (95.5 exactement) étaient des crapauds communs alors que 4% étaient des grenouilles rousses. Cela nous renseigne sur la composition de la population rencontrée en un site donné et à un moment donné. Sur le long terme, au bout de plusieurs saisons de migration, nous pourrons estimer la manière dont évolue les populations des différentes espèces dans le temps grâce à ces indicateurs. Encore une fois, il est très important de prendre en compte l’effectif total qui fut rencontré sur le site et utilisé pour le calcul (en vert, n=176 pour le site Bowe-Fraity). En effet, de manière générale en statistiques, plus cet effectif est important, plus les indicateurs calculés seront fiables (représenteront correctement la population que l’on tente de décrire)… Il en est de même pour le temps passé sur site (effort d’échantillonnage) qui est d’ailleurs étroitement lié au nombre total d’individus rencontrés : plus l’on se rend fréquemment sur un site de sauvetage, plus nous y rencontrerons théoriquement un grand nombre cumulé d’individus, plus les statistiques que nous produirons seront fiables ! 📈📊
Pour les chanceux, le voyage se terminera dans une étreinte passionnée… © Laurent Malbrecq

Répartition mâles-femelles dans les populations de crapauds communs.

Ça va, vous suivez toujours ?! Oui ?! Alors comme nous le montrent les chiffres précédents, vous aurez remarqué que les crapauds communs occupent la plus large partie des individus sauvés quels que soient le site et la commune concernés. Intéressons-nous donc de plus près aux populations de ce charmeur aux yeux cuivrés 👁, en particulier à la répartition entre individus mâles ♂️ et individus femelles ♀️ !

Dans le premier graphique ci dessus, vous constaterez que les crapauds mâles (en orange), représentent de 80 à 95% ♂️ des individus rencontrés et par-là, que les femelles ne représentent que 5 à 20% ♀️. Le graphique du dessous exprime en parallèle exactement les mêmes résultats en calculant ce que les scientifiques 👩‍🔬 qui étudient les populations appellent « sex-ratio ». Exemple tout simple : sur le premier graphique, pour le site du Ry de Rome à Couvin, vous pouvez y voir que les mâles ♂️ crapauds communs représentent 91% des individus rencontrés contre seulement 9% de femelles ♀️. Vous lirez donc sur le second graphique que le sex-ratio de cette population est de 10. En effet, cette dernière compte 10x plus de mâles que de femelles. Autre exemple : sur la Jussière à Viroinval, nous y retrouvons 80% de mâles, 20% de femelles et donc un sex-ratio de 4 (4x plus de mâles que de femelles). Cependant, j’attirerai une nouvelle fois votre attention ⚠️ sur l’effectif total qui fut utilisé pour calculer ces chiffres (n=10, en rouge). Seulement 10 individus ! Il semble bien évidemment illusoire de pouvoir se représenter une population uniquement sur base de 10 individus… A prendre en compte lors de vos interprétations !

« Ok génial » me direz vous… « Mais ça nous avance à quoi de savoir cela ? ». Et bien l’étude du sex-ratio nous renseigne sur d’éventuels déséquilibres au sein des populations. Un trop fort déséquilibre mâles-femelles, ou l’inverse, se soldera par une population qui décline inévitablement. Ceci est d’autant plus vrai chez les crapauds communs chez qui les mâles, brûlants d’ardeur, forment parfois de véritables « boules de crapauds » autour d’une seule et même femelle lorsque la compétition est trop rude. La malheureuse finit alors bien souvent étouffée ou noyée sans que la reproduction n’aie lieu…

Une boule de crapauds communs… ©Françoise Serre Collet

De manière générale, chez cette espèce, les mâles sont toujours plus représentés que les femelles pour diverses raisons : les femelles atteignent leur maturité sexuelle plus tardivement que les mâles et ne se reproduisent pas chaque année (ne prennent donc pas part à la migration tous les ans).
Dès lors, avant de tirer des conclusions sur base de cet indicateur extrêmement variable dans le temps et dans l’espace, plusieurs années de récolte de données et donc de sauvetages seront nécessaires.
Appel lancé aux bénévoles intéressés 😉 🤜🤛 !

Et voilà, maintenant que ces graphiques n’ont plus aucun secrets pour vous, vous avez sous les yeux l’ensemble des résultats qui ont pu être récoltés grâce aux 13 bénévoles actifs ayant partagé avec nous le fruit de leur labeur. Nous tenons réellement à les remercier une nouvelle fois pour leur enthousiasme, le travail formidable réalisé et la collecte de ces chiffres très précieux. Nous espérons d’ailleurs sincèrement pouvoir compter sur eux lors des saisons prochaines, sauver encore davantage d’animaux et produire des chiffres utiles encore plus fiables !
MERCI ET BRAVO 👏👏👏👏!

Amplexus chez les crapauds communs… Le mâle réserve sa place avant même d’arriver dans la mare, quitte à entraver les déplacements de sa dulcinée ! ©Laurent Malbrecq

Et pour la suite ?

Cette première année d’action globalisée s’achève à peine qu’il est déjà temps de penser à préparer le terrain pour les sauvetages du printemps 2021 ! Oui, mais comment ?! Et bien tout simplement en commençant par diffuser ces résultats et en parlant autour de vous de votre expérience en tant que sauveteur. Nous pouvons de la sorte espérer faire gonfler nos rangs pour être encore plus efficaces. De notre côté, un petit bilan de ces opérations sera transmis aux collectivités participantes alors qu’une réunion de coordination sera organisée avec les bénévoles intéressés pour mieux planifier nos actions de la saison prochaine.

En attendant, prenez soin de vous et n’hésitez pas à transformer les contraintes actuelles en réelles opportunités pour découvrir la nature « ordinaire » qui vous entoure ! En effet, les volontés qui sont à la base de toutes démarches de préservation se trouvent tout d’abord dans l’émerveillement…
🦋🕷🐝🐍🐸🌿🌳🕵️‍♀️

Infos, remarques, conseils ?
Tom Baudoux
chargé de missions PnVH
tom.baudoux@pnvh.be

Suzanne, une autre de nos petites sauveteuses de batraciens très fière de ses trouvailles !

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